Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Suicides, démocraties, et la majorité des minorités

par Abdou BENABBOU

Plus de 3.000 agriculteurs se sont suicidés en deux ans dans une seule région de l'Inde. On ampute ce terrifiant drame à la sécheresse due au réchauffement climatique. Si la cause a de quoi tenir, elle ne justifie pas à elle seule une plus large catastrophe vécue par une partie d'une population indienne exponentielle de plus d'un milliard et demi. L'excuse ne tient qu'en partie la route car la pauvreté dans ce pays a été tragiquement significative bien avant les nouveaux foudroyants ressacs du climat et sa paysannerie a toujours été sujette à la douleur de la pauvreté.

Le paradoxe veut que l'Inde soit une puissance nucléaire et industrielle tout en étalant la puissance de la misère. Curieusement, son taux de croissance est l'un des plus élevés au monde, mais l'expansion de la pauvreté ne connait qu'un timide ralentissement. Sa bombe atomique, à l'image de son voisin le Pakistan, ne serait donc qu'une cerise pourrie sur un gâteau moisi. De plus, l'intrigant est qu'elle soit cataloguée parmi les meilleures démocraties mondiales pour que finalement elle ne mériterait qu'un obligatoire brocard.

Le cas de l'Inde et de ses milliers de suicidés n'est nullement un cas isolé dans un monde où les démocraties aux multiples faces mènent désespérément des peuples aux pires tares de la vie. Il s'avère que contrairement à ce qu'elles préconisent en se basant sur la force de la majorité, elles nourrissent insidieusement des minorités pour les élargir et les transformer à leur tour en majorités. C'est dans cette particulière transhumance que naissent les dictatures et les véroles des dictatures faute de trouver une réponse juste à une grande équation posée à toute l'humanité.

Il en est ainsi dans le développement de la croissance de la misère et de la pauvreté quand la démocratie est confondue avec l'intransigeance de la force et estropie la notion de justice et d'équité.