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La crise iranienne annonce un nouveau paysage géopolitique mondial: L'Occident pris à revers

par Abdelhak Benelhadj

Quand elles ne les provoquent pas, les lendemains de guerres annoncent presque toujours des ruptures historiques. C'est peut-être ici le cas. Il est même probable qu'après la fin des hostilités, on découvre l'étendue des changements qu'elles ont provoqués.

D'abord les faits

Mal inspiré, mal conseillé, (manipulé ? sous pressions ?... peu importe), le président américain a mis son pays dans la plus fâcheuse des postures. On peut évoquer l'influence exercée par le Premier ministre israélien, via les puissants lobbies sionistes américains, pour entraîner Washington dans cette guerre perpétuelle, sans issue, qui sert la frange la plus belliciste d'Israël.

Le New York Times révèle comment dans la Situation Room à Washington, une réunion a rassemblé (entre autres, à l'exception du vice-président JD Vance) le 11 février 2026 le Premier ministre israélien, le président américain et même, à distance, le responsable du Mossad pour organiser le déclenchement des opérations militaires. L'élimination des dirigeants iraniens, opportunément tous réunis en seul lieu, devait suffire pour provoquer l'effondrement et la reddition du régime des mollahs.

On sait ce qu'il en fut de cette incompréhensible naïveté

Il serait trop facile, trompé par la confusion des intérêts, de faire d'Israël un démiurge qui manipule à loisir l'Amérique comme un pantin. Le complexe militaro-industriel, les industries pétrolières, combinés aux marchés financiers suffisent à décrire l'espace transactionnel peuple par une multitude de lobbies et d'intérêts compatibles et opposés.

Aux destructions épouvantables que les bombardements américains et israéliens ont infligées (directement ou indirectement) à l'Iran et aux pays de la région, mises au débit moral et politique des Etats-Unis, s'ajoutent des difficultés intérieures qu'il s'est infligées mettant en péril son image, l'équilibre économique de son pays et de ses électeurs ainsi et que la stabilité politique de son pouvoir au Sénat et à la Chambre des Représentants renouvelés lors des élections législatives de mi-mandat en novembre.

C'est ce qui arrive quand un mauvais usage de la force produit de l'impuissance. Une tactique précipitée sans stratégie.

Nous l'avons à plusieurs reprises souligné, plus grande est la force, plus grande encore devrait être l'intelligence de son usage.

Après avoir précipité la guerre, Washington précipite les conditions de son issue.

A défaut de reddition iranienne, Washington tente d'obtenir par la négociation ce qu'il n'a pu obtenir par les bombardements.

On peut naturellement spéculer sur les rapports de forces entre Iraniens et Américains, sur le contenu des négociations en cours, sur les principaux points défendus par les uns et les autres, computant les chances respectives de les voir aboutir, évoquer le rôle des médiateurs chinois, pakistanais, russes... On peut aussi, étant donnés les enjeux et les risques, le grand écart entre les positions et, pour les aplanir, estimer les probabilités de reprise des hostilités.

Aux limites, on sait que D. Trump s'est beaucoup engagé et aucune acrobatique campagne de communication ne pourrait lui épargner l'humiliation de ce qui pourrait être peu ou prou ressenti comme une défaite. Il ne peut repartir tête basse, la queue entre les jambes.

Tout ça pour ça...

On sait aussi que les Iraniens n'ont plus rien à perdre. Leur pays saccagé, leurs industries, leurs villes dévastées par les bombardements, leurs dirigeants assassinés. Ils savent que le temps, l'espace et l'économie mondiale et régionale blessées sont de leur côté. L'intervention militaire américaine (maladroite, excessive, tardive) vient de tuer dans l'œuf les contestations sociales apparues en janvier. Les opposants aux mollahs voulaient la destruction du régime par celle de leur pays. Trump a affaibli son opposition et a renforcé plus que jamais ses adversaires qui peuvent désormais tranquillement régler leurs comptes, loin d'Internet, loin des caméras...

Nul ne sait comment tout cela va se terminer

Cependant, le plus intéressant, le plus important dans cette abominable affaire n'est pas là.

D'une part, au niveau des faits, il signifie à travers les déboires américains, une double tendance générale de perte d'influence du monde occidental (que l'on peut résumer par l'Axe Atlantique incluant l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon la Corée du sud et quelques autres).

Cette exploitation systématique, déraisonnable des ressources humaines et naturelles de la planète va peu à peu vers sa fin. Même s'ils continuent à parler des nuisances « humaines », chacun sait la part qui revient à l'Europe et à l'Amérique du Nord dans la destruction de la biosphère depuis la fin du XVIIIème siècle.

D'autre part, au niveau de leur représentation, il révèle au vu et au su de tous l'état réel du monde.

1.- Déplacement du centre de gravité de la planète.

Les négociations irano-américaines n'ont pas lieu comme jadis en Europe (ni à Vienne, ni à Genève, encore moins à Paris ou à Londres...). L'Europe a cessé d'être un acteur géopolitique, diplomatique international.

C'est dans le « Nouveau monde », le Sud global que les conflits et les différends se négocient désormais.

En réalité, les positions étant très éloignées, D. Trump cherchait un prétexte, une occasion pour sortir d'un piège dans lequel il s'est tout seul enfermé : la menace de « déclencher l'enfer sur l'Iran ». Il a sauté à pieds joints (toujours imprudemment) sur les 10 propositions iraniennes pour s'évader d'un front ingérable.

2.- Traditions diplomatiques iraniennes.

La propagande opposée au régime iranien d'après 1979 décrit ce pays comme une sorte de prison culturelle peuplée d'un côté d'intégristes pavloviens imperméable à la pensée critique et, de l'autre d'une population oppressée qui ne songe qu'à s'occidentaliser. Il est très aisé de trouver des échantillons pédagogiques et caricaturaux pour créditer cette image. Ce que de nombreux médias européens et nord-américains s'appliquent à faire avec zèle.

Simples observations.

Les Occidentaux, ne savent presque rien de ce qui se passe dans ce pays comme dans d'autres. Il y a peu d'émissions et de débats « contradictoires » en prime-time dans le paysage audiovisuel occidental, encore moins en Amérique (en-dehors d'un matraquage unilatéral systématique et caricatural), consacrés par exemple, à la société et à l'histoire des pays comme la Corée du Nord, à sa voisine du Sud, à Taïwan, au Chili, à l'Equateur, à l'Ouganda, la Mauritanie, la Sierra Leone...

Si on laisse de côté les clichés pour touristes, il y a peu d'information sur la vie en Grèce, en Croatie, en Bulgarie, en Egypte, au Maroc...

A peine plus de 5% de l'information télévisuelle américaine couvre le reste du monde. Peu d'Américains quittent leur pays et quand ils le font ils vont au Canada, au Mexique ou dans les îles des Caraïbes.

La pratique des langues étrangères en dehors de l'espagnol y est réduite à moins de 5% surtout du fait des immigrés. Comment alors prétendre diriger le monde dans ces conditions ?1

On ne peut mesurer l'évolution du monde et de ses conflits sans ces constats.

Ainsi, les Américains découvrent, à leur détriment, qu'il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde qui disposent d'un appareil diplomatique aussi développé que celui de l'Iran.

Ce pays possède une école de formation de professionnels d'élites diplomatiques depuis 1899, la première école de type européen y avait été fondée en 1851 et développée depuis.

Les méconnaissances (qui expliquent le sort des conflits) ne s'arrêtent pas là.

3.- La phraséologie religieuse n'est pas là où l'on s'attendait à la trouver.

Ce conflit porte des noms bibliques en Israël (« Lion rugissant ») et aux Etats-Unis où les renvois réguliers à Dieu sont devenus courants, au rebours de traditions modernes héritées du XVIIème et XVIIIème siècles avec les Lumières qui ont éclairé l'Europe. Et qui l'ont quitté depuis.

Les Iraniens, eux, ont nommé le conflit militaire qu'ils subissent conformément aux faits : « la troisième guerre imposée ».

Ce ne sont pas les dirigeants iraniens mais le « Secrétaire d'Etat à la guerre » américain qui commence et achève ses réunions par des prières et de surprenants « amen ».

Le Pakistan sunnite défend l'Iran Chiite sur une base positive qui renvoie au droit international, pas à des catégories spirituelles ou eschatologiques. Les deux pays sont musulmans (de rites divergents), mais cela n'a aucune importance en ces circonstances et n'affecte pas leurs relations de voisinage, ni dans un sens ni dans l'autre.

De ce fait, à Islamabad deux conceptions de l'Etat se sont faits étrangement face avec une inversion curieuse des valeurs.

- D'un côté des Américains qui représentent un gouvernement acharné à la critique de l'Etat moderne avec deux hommes d'affaires dont l'un est membre de la famille Trump. Cet étrange attelage souligne la dimension patrimoniale du nouveau pouvoir teinté de religiosité et ne représente plus la nation au sens positif de la philosophie politique que l'Occident a imposé peu ou prou au monde.

Cette conception de l'Etat est plus proche de l'idée qui est faite de la culture des sultanats orientaux que de la philosophie politique en usage en Occident.2

- De l'autre côté une délégation iranienne bien plus proche de la culture diplomatique occidentale (d'origine européenne) qui ne renvoie ni à un pouvoir féodal, ni à un ordre religieux. Ce ne sont pas des hommes de foi, des mollahs qui ont été désignés pour négocier avec les Américains, mais des professionnels avisés de la politique internationale.

Tous les observateurs sérieux loin des polémiques stériles qui participent de la « guerre par d'autres moyens », ont noté comment cette rencontre a été menée et comment elle s'est conclue.

On comprend mieux pourquoi le plus fort ne l'a pas emporté et se trouve empêtré dans des difficultés dont il a du mal à se dépêtrer.

Peu à peu on découvre les conséquences de ce naufrage.

4.- Parole occidentale démonétisée

Les négociations entre Américains et Iraniens, quels qu'en soient les résultats, sont bâties sur une gigantesque désillusion planétaire : tous les pays savent dorénavant qu'il n'est plus possible d'accorder la moindre confiance à la parole de Washington.

Sous J. Biden, cette supercherie que tous les Etats sérieusement soucieux de leur sécurité et de leur prospérité, connaissaient parfaitement, était bien cachée aux opinions publiques.

Aujourd'hui, c'est de notoriété publique : la Maison Blanche et les institutions américaines reposent sur la prédation et n'ont qu'une seule parole, celle d'en changer quand cela convient à leurs intérêts sans aucun égard pour ceux qui leur font crédit et pour les contrats signés.

Par-delà la crise ukrainienne, c'est toute la planète qui découvre cette vérité dans sa nudité : les Etats-Unis n'ont plus aucun respect pour le droit et qu'il n'est plus possible de conclure la moindre convention, le moindre pacte avec la certitude qu'il sera respecté par eux.

Plus de droit, plus d'arbitre, plus de contrat.

Dès son arrivée au pouvoir le 20 janvier 2025, D. Trump a annoncé la couleur.

1.- Devant le monde médusé, il va signer décret sur décret qui, unilatéralement, remet en cause tous les échanges internationaux liant les Etats-Unis à leurs partenaires, à tous leurs partenaires, en jouant avec les tarifs douaniers comme d'une arme exercée contre tout récalcitrant.

2.- Le président américain, tout en prétendant au Nobel de la paix, déclenche des conflits à répétition. Il reprend d'autorité la gestion du Canal de Panama, il débaptise le Golfe du Mexique, il annexe le Canada, le Groenland... il kidnappe le président d'un pays souverain, le Venezuela...

3.- Les Etats-Unis de Trump, les tenant pour ruineuses et inefficaces, se retirent de toutes les organisations onusiennes, les unes après les autres.

En contrepartie, il crée une sorte de forum de quelques dizaines de supplétifs, appelé « Conseil de la Paix » en s'attribuant des pouvoirs uniques de nabab.

Cela sonne la fin du contrat comme brique et principe élémentaire d'un multilatéralisme brisé en mille morceaux.

Ce comportement a des racines profondes. Il repose ses théories et ses académiciens.

Le contrat contre la loi.

L'Occident s'est toujours ainsi comporté : dévastant la nature et les pays, asservissant les hommes, violant la parole donnée, outrageant le droit... qu'il prétend avoir instauré. En toute bonne conscience.

On peut faire remonter au XVIIème-XVIIIème siècle les balbutiements de cette vision naturaliste de l'économie et de la société.

Sans approfondir de cette question qui demanderait un espace incompatible avec celui qui nous est dévolu, on peut fixer quelques repères en commençant par l'un des plus connus d'entre eux. Adam Smith, dans « La richesse des nations » a absous, théorisé et civilisé la violence en l'affectant d'une dimension heuristique. Il écrit :

« Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage. Il n'y a qu'un mendiant qui puisse se résoudre à dépendre de la bienveillance d'autrui. »

Selon une invariance d'échelle discutable, il passe de l'individu à la nation en universalisant une loi qui fait la part belle à la loi naturelle qui n'a nul besoin de régulateur public d'où son bien connu « laisser faire, laisser passer », en une confusion opportune entre libéralisme et libertés. Bien plus tard, R. Reagan le rappellera en une formule lapidaire : « L'Etat n'est pas la solution. C'est le problème. »

« Egoïsme créatif », « main invisible », « régulation sans régulateur », cupidité individuelle qui « ruisselle » en bienfaits collectifs, « ordre par le bruit » ... formules floues, énigmatiques et paradoxales, esthétique bricolée au rebours de l'ordre moral chrétien, une violence naturalisée aux fondements d'un monde dominé par la guerre comme mode d'organisation civilisateur.

Compétition vs coopération, pour réhabiliter par une nouvelle rhétorique (emprunt métaphorique, sans précaution aux sciences physiques), l'ordre marchand étendu à toute la sphère sociale et l'inégale répartition des richesses produites.

Quelle différence avec le passé ?

Les pays occidentaux, hypocrites, racontaient des fables à leurs opinions publiques. Les boucheries qu'ils commettaient dans le reste de monde en le pillant depuis la Renaissance étaient mises sous le compte de l'expansion généreuse et nécessaire civilisation des « races inférieures ».3

Ces bienfaits étaient bien cachés. Par exemple, dans le « commerce triangulaire » fondé sur l'esclavage des Africains, bien qu'aucun esclave n'ait été aperçu sur le territoire français, mais seulement les richesses qui débarquaient du Nouveau Monde, en contrepartie de sa commercialisation. Le Code Noir4 était soigneusement mis sous le boisseau pour ne pas choquer la morale bourgeoise et l'éducation prodiguée à leurs enfants.

Israélisation de l'Amérique : « exécutions extrajudiciaires », « assassinats ciblés »

Jusqu'à tout récemment, ils étaient une pratique courante mais hypocritement tues.5

Les Israéliens ont pratiqué et systématisé l'exercice. Ils faisaient et laissaient dire pour laisser entendre. Le « Tu ne tueras point » mosaïque, consigné dans le Pentateuque, ne concerne en toute exclusivité que le « peuple élu ».

Bien sûr, des révélations et mêmes des contestations étaient rédigées mais (à ce jour) soigneusement étouffées ou réservées.

De cela, plus question maintenant.

Ces crimes, ces exécutions sans jugement, hors le droit commun, sont revendiqués publiquement. Les Israéliens ne s'en cachent plus, et même s'en vantent peu à peu suivis par les autorités américaines à la tête desquelles le président Trump qui inaugure un mandat sous le signe de la force exercée sans limite et surtout sans règle autre que la sienne, arbitraire sans avoir de compte à rendre à quiconque.6

Adieu, au Nouveau Testament !

Le très chrétien « Secrétaire d'Etat à la guerre » américain le clame haut et fort. « Si vous tuez ou menacez des Américains, nous allons vous traquer sans hésitation et nous allons vous tuer », a prévenu Peter Hegseth, lors d'un point presse organisé le lundi 02 mars 2026 au Pentagone.

Ce qui fut appelé naguère la « loi de la jungle », celle « du plus fort » est devenue la loi qui régit désormais les relations internationales vues de Washington.

Pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi les Etats-Unis en sont-ils venus, eux qui se portaient garant de la loi, eux qui hébergeaient les Nations Unies depuis leur création (1946), à ruiner les institutions qu'ils ont tant tenu à imposer au monde ?

Deux facteurs expliquent ces changements.

La mondialisation de l'information

Il n'est plus possible, comme jadis, d'exterminer en cachette. Les frontières de l'Oubangui-Chari avaient été rectifiées pour masquer le dépeuplement à partir de 1896 lié aux massacres sont passés en pertes et profits et oubliés.

Pour éviter que ne soit rééditée l'« expérience » vietnamienne avec des photographes qui avaient « immortalisé » les crimes commis par l'armée américaine, et qui ont joué un rôle dans la débâcle d'avril-mai 1975, les autorités ont décidé, dès la campagne de janvier 1991 contre l'Irak de n'accepter sur le front que des journalistes « embedded », triés sur le volet.

Ils ne l'auraient pas été aujourd'hui avec les millions de smartphones en circulation.

Les Israéliens ont massacré plus de 100 000 ghazaouis et continuent leur œuvre maintenant étendue au Liban. Qui sait combien il y en aurait eu sans la médiatisation de leur forfait ? Et cela, même si les Israéliens font peu de cas de ce que l'on pense de leurs « performances ».

L'arbitraire divin.

Les institutions de la Société des Nation Civilisées ont été élaborées pour elles et seulement pour elles.

Le nombre de nations « non occidentales » était anecdotique : l'Egypte (1922), l'Ethiopie, la Turquie... la Perse et l'indépendance des pays d'Amérique du sud était très relative sous la Doctrine Monroe qui a chassé ce qui restait des Empires coloniaux européens pour y substituer ses propres valeurs civilisatrices.

Aujourd'hui, tout cela est bien fini. La décolonisation a envahi les Nations Unies et ses organisations.

Tout se passe comme si l'Occident avait inventé un jeu dans lequel il gagnait à tous les coups et qu'il a imposé à tous. Et puis un jour le reste du monde ayant fait l'effort d'en maîtriser les règles, il a appris à gagner et menace de dominer à son tour. C'est cela qui est intolérable.

On conserve et on respecte le jeu tant qu'il permet de gagner à tous les coups. Et on le répudie quand il ne sert plus ses intérêts. Tant que l'ONU et les autres institutions internationales étaient sous le contrôle des puissances occidentales, le droit international pouvait être invoqué parce qu'elles avaient les moyens d'en faire respecter les résolutions.

D. Trump ne change pas les règles du jeu. Désormais, il s'en passe. Et puisqu'il ne peut plus le cacher, alors il se pose en Dieu omnipotent qui n'a de comptes à rendre à personne d'autre qu'à lui-même.

C'est à ce spectacle ridicule auquel on assiste depuis janvier 2025.

L'affaire iranienne met D. Trump, à terme, devant un choix impossible : la fin de l'Amérique triomphante ou la fin du monde.

Si on est optimiste, la sortie se trouve vers la refondation d'un nouveau pacte mondial et vers une réécriture des institutions internationales. Cette réinitialisation couvait déjà depuis longtemps et exigeait, non pas l'entrée de nouveaux membres au Conseil de sécurité et la réforme du droit de veto. C'est tout le dispositif qui devra être revu pour anticiper l'état futur du monde qui n'a plus rien à voir avec celui de 1945.

Notes

1- En Europe la situation semble faussement plus intéressante : on observe (certains le déplorent) chaque année davantage, que l'unique et envahissante langue étrangère pratiquée par les Européens est l'anglais, au détriment de toutes les autres langues européennes. Inutile de s'attarder sur la connaissance, du hongrois, du finois, du roumain ou du danois, en dehors des spécialistes. Les langues nationales deviennent de plus en plus des dialectes locaux... dont l'espérance de vie est comptée. Le plus singulier est l'anglais s'impose dans l'Union, après le Brexit, alors qu'elle n'est la langue naturelle et nationale d'aucun pays européen.

2- Alexandre Kazerouni (maître de conférences en sciences politique à l'ENS–Ulm de Paris) interrogé sur Franceinfo vendredi 10 avril, a pris le peu de temps qui lui avait été concédé pour expliquer les facettes du conflit subi par l'Iran avec la distance qui s'impose, aux auditeurs français abreuvés d'informations partielles et partiales qui étouffent leur sens critique sous une chappe de plomb monolithique.

3- Ernest Renan, « La Réforme intellectuelle et morale » (1871)

Jules Ferry : « Les fondements de la politique coloniale » (28 juillet 1885)

Nicolas Sarkozy, discours à Dakar, 26 juillet 2007.

4 - Lire le compte-rendu du dominicain Bartolomé de LAS CASAS (1579) : Très brève relation de la destruction des Indes. Ed. Mille et une nuits. 1999, 143 p.

- Promulgué par Louis XIV en 1685 (l'année de la Révocation de l'Edit de Nantes), le Code Noir réglementait l'esclavage dans le « Nouveau Monde », en vigueur jusqu'en 1848. La France des Lumières fut la première puissance coloniale des temps modernes à codifier l'esclavage des Noirs arrachés à l'Afrique. Lire : SALA-MOLINS Louis (1987) : Le Code noir ou le calvaire de Canaan. PUF, 292 p.

5- Lire : NOUZILLE Vincent (2020) : Les tueurs de la République. Fayard, nouvelle édition, 553 p.

- « opérations ‘homo' » à demi-mot reconnues par l'ancien président français, François Hollande dans : Un président ne devrait pas dire ça... Les secrets d'un quinquennat. Stock, 2016, 672 p.

6- Sous des dehors talmudiques, idéologie religieuse qui désormais s'impose dans, par et en dehors, sur le mode de la survie, Israël donne aux assassinats de ses ennemis une caution spirituelle qui transcende tout droit, avant même 1948. Lire BERGMAN Ronen (2018) : Lève-toi et tue le premier. L'histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël. Grasset, version française, traduite de l'anglais. 2020, 933 p.