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Algérie : cap sur le tourisme cultuel: Entre opportunité historique et défi stratégique!
par Cherif Ali* La
visite historique du Pape Léon XIV en avril 2026 marque un moment charnière
pour l'Algérie.
Bien au-delà de sa dimension religieuse, cet événement offre une visibilité internationale exceptionnelle et met en lumière la richesse spirituelle et patrimoniale du pays. De Hippone, berceau de Saint Augustin, à la Cathédrale Notre-Dame d'Afrique, en passant par Tlemcen et la Vallée du M'zab, l'Algérie dispose d'atouts uniques pour se positionner comme une destination majeure du tourisme cultuel. Dans un contexte de diversification économique et de préparation à l'après-pétrole, une question s'impose alors : faut-il prioriser le tourisme domestique ou viser directement une clientèle internationale, ou bien conjuguer les deux stratégies ? De ce qui précède : 1. Faut-il commencer par réanimer le tourisme domestique et donc commencer par satisfaire une demande intérieure, pesante et urgente ou alors tout miser sur une demande extérieure, hypothétique et virtuelle, soumise de plus en plus à une impitoyable concurrence, y compris en matière de tourisme cultuel ? - 2. Peut-on aussi mener les deux actions en parallèle ? Certes, beaucoup a été fait, des agences de tourisme ont vu le jour, des formules de voyage ont été testées, des assises du tourisme et même des salons sont ponctuellement organisés, à l'étranger, pour appâter le chaland, comme cette mesure « de permettre aux étrangers souhaitant effectuer des visites touristiques dans le sud du pays, par le biais des agences de tourisme et de voyages nationales agréées, d'obtenir un visa de régularisation à leur arrivée aux postes frontaliers, notamment dans les wilayas du Sud (aéroports et points de passage terrestres), sans avoir à entreprendre les démarches de demande de visa ordinaire». Pour l'instant, l'Office national de tourisme (ONT) est à court d'idées, après s'être dépensé (inutilement ?) dans les salons internationaux de second plan, voire insignifiants et dont la cible de clientèle, en termes de marketing ne correspond pas aux deux produits algériens phares«saharien et balnéaire»; il s'agit des salons de Moscou, Budapest (Hongrie), Varsovie (Pologne), Tunis, Casablanca et Le Caire. Il faut dire aussi que le ministère du Tourisme et c'est son principal défaut a toujours voulu évoluer en solitaire, dans une insularité criarde, sans aucune intersectorialité ou complémentarité. Il lui manque, à ses côtés, et cruellement, un ministère de la Culture fort de ses compétences et de son budget et un ministère de la Communication percutant ! Il lui faut aussi, en appoint, un secteur bancaire réformé, affranchi de ses carcans et des partenaires privés mus par l'esprit gagnant-gagnant ! En effet, le tourisme est une véritable locomotive économique et l'enjeu qu'il implique ne peut relever du seul secteur chargé de sa mise en œuvre. Il interpelle toutes les institutions, politiques et privées, jusqu'au moins planifiable possible, l'Algérien et sa mentalité. Intervenir sur les mentalités des opérateurs touristiques, c'est aussi une urgence à prendre en considération ! Sauver l'artisanat, protéger le patrimoine archéologique et pas que de la convoitise et la cupidité sans bornes des voisins de l'Ouest relève de la priorité ! Rendre nos villes plus attrayantes, conserver une politique de loisirs, améliorer nos transports, renforcer la sécurité partout, promouvoir la gastronomie et l'habit traditionnel algérien, sortir le tapis de Ghardaïa du néant dans lequel il se trouve, rendre nos banques agréables, mettre le wifi partout, voilà un programme plus qu'alléchant pour sortir le tourisme national de sa régression! Les pays européens de l'Est s'intéressent au produit balnéaire de qualité et bon marché et présentement, seule la Tunisie les intéresse et les attire grâce à sa politique d'ouverture et ses prix imbattables. Et ce constat terrible; les pays arabes, Tunisie en tête, reçoivent en masse nos nationaux et ne nous envoient pas les leurs en retour ! Un éminent spécialiste en tourisme international l'affirmait : «Une destination touristique, en tant que produit national, se construit sur la durée, 10 à 20 ans (construction d'infrastructures adaptées, formation de personnel, campagnes promotionnelles ciblées, etc.)». Dieu et la nature ont doté l'Algérie d'une richesse aussi variée qu'exceptionnelle, mais l'apport des hommes qui avaient la charge de promouvoir et de séduire les touristes n'était pas en rapport. Le pays est vaste, les sites innombrables, la côte interminable mais les places d'hôtel vacantes sont inexistantes ou infimes au regard des besoins exprimés ou latents; ni les hôtels de gamme moyenne encore moins les auberges bon marché ne sont disponibles; l'Algérie se targue d'avoir 60 hôtels parmi la gamme de luxe, mais il n'existe que très peu d'hôtels classés dans la gamme moyenne (2 et 3 étoiles) et souvent les estivants sont confrontés aux tarifs dissuasifs et rédhibitoires de la nuitée à 10.000 DA et plus. Mais sinon, comment appréhender cette équation sachant que les Algériens ne sont pas difficiles; pour eux, il suffit de créer ceci et cela, disent-ils, pour que les choses aillent mieux et que tout le monde puisse profiter de ses vacances ! Hôtes par devers eux, de tant de peuples au cours des siècles, les Algériens, dès qu'ils en eurent les moyens, s'en allèrent découvrir le monde, avides de voir, de toucher et d'acheter ce qu'on leur avait pris ou interdit. Aujourd'hui, les gens ne voyagent plus hors du territoire national, ou très peu et se rabattent sur le produit touristique local : mais voilà, tout est complet, saturé, râpé pour les Algériens qui ont opté pour le tourisme domestique. Et cette statistique : l'Algérie n'a jamais dépassé le seuil d'un million de visiteurs étrangers, depuis 1963 ! Ce chiffre inquiète et rassure dans le même temps, car il peut être un atout dans le sens ou des destinations voisines (Maroc et Tunisie) peuvent connaître la saturation contrairement à la Turquie et la Croatie, ces nouvelles destinations en vogue qui en profitent, pourquoi pas à notre pays . Le président Tebboune, pour sa part, en est convaincu, le tourisme est désormais un secteur stratégique et la préparation de l'Algérie à la période post-pétrole s'impose ! A cause déjà du syndrome de la dépendance quasi totale de l'économie pétrolière et également de l'abondance de ressources de développement hors hydrocarbures non encore, ou insuffisamment exploitées, susceptibles d'offrir au pays des opportunités d'un développement durable. Il en a fait son 19e engagement électoral en insistant sur : 1. la segmentation stratégique de la demande touristique nationale et internationale afin de déterminer le type de tourisme à mettre en valeur (estival, culturel, religieux, saharien / sud et extrême sud, montagneux et familial); 2. la mise en œuvre d'un « Plan destination Algérie »; 3. le développement de la formation dans les métiers de tourisme; 4. l'assouplissement des procédures d'obtention de visas touristiques. La beauté de l'Algérie ne suffit pas pour le retour du tourisme qui reste tributaire de notre capacité à transformer ce potentiel en produits touristiques de qualité en lui conférant une dimension à la hauteur de ses atouts. Le temps est peut être propice pour s'intéresser au tourisme cultuel car notre pays offre une richesse exceptionnelle, alliant profondeur historique, spiritualité et prouesses architecturales, comme en témoignent : Les Centres Spirituels et Historiques Majeurs : La Casbah d'Alger : Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, cette médina millénaire est un sanctuaire de l'architecture islamique ottomane On peut y explorer : Mosquée Ketchaoua : Un joyau architectural datant du XVIIe siècle, témoin des transformations historiques de la capitale Mosquée El Djedid (Mosquée de la Pêcherie) : Exemple emblématique du style ottoman en Algérie Mosquée Sidi Ramdane : L'une des plus anciennes de la Casbah, remontant à l'époque ziride (XIe siècle) Tlemcen, la «Perle du Maghreb» : Véritable pôle du tourisme religieux, elle abrite des monuments comparables à ceux de Cordoue Grande Mosquée de Tlemcen : Datant du XIIe siècle, elle est célèbre pour son architecture almoravide raffinée Sanctuaire de Sidi Boumediene : À El Eubbad, ce complexe comprend une mosquée, une madrasa et le mausolée d'un grand saint soufi, attirant de nombreux visiteurs pour le recueillement Mansourah : Ruines d'une cité mérinide avec son minaret imposant, symbole de la puissance islamique passée Monuments de l'Islam Contemporain et Saharien Djamaâ El-Djazaïr (Grande Mosquée d'Alger) : La plus grande mosquée d'Afrique, dotée du plus haut minaret au monde. Elle constitue une nouvelle icône du tourisme religieux moderne en Algérie. Mosquée Émir Abdelkader (Constantine) : Un chef-d'œuvre de l'architecture islamique moderne, pouvant accueillir des milliers de fidèles, réputée pour sa vue panoramique et sa majesté La Vallée du M'zab (Ghardaïa) : Site de l'UNESCO regroupant cinq cités fortifiées (ksours). Elle illustre une organisation sociale et religieuse unique (rite Ibadite) avec des mosquées à l'architecture minimaliste et fonctionnelle Zaouïa de Sidi Cheikh (El Bayadh) : Connue pour son pèlerinage annuel (le Rakb), ce site est un centre de la spiritualité soufie qui rassemble des communautés nomades et oasiennes depuis des siècles Sites Historiques et Vestiges Kalâa des Béni Hammad (M'Sila) : Première capitale des Hammadites, classée par l'UNESCO, elle conserve les ruines d'une des plus grandes mosquées d'Afrique du Nord Mascara : Abrite la Mosquée Sidi M'Hamed Ben Ali, un site sacré important dans l'histoire de la résistance et de la spiritualité locale En conclusion L'Algérie dispose d'un patrimoine cultuel, historique et spirituel d'une richesse exceptionnelle, capable de la positionner parmi les grandes destinations du tourisme religieux et culturel. La visite du Pape Léon XIV en a été un révélateur puissant, mais elle ne constitue qu'un point de départ. Le véritable défi réside désormais dans la capacité à transformer cet atout en une offre touristique structurée, compétitive et durable. Cela passe inévitablement par une approche équilibrée : relancer en priorité le tourisme domestique, tout en construisant progressivement une attractivité internationale solide. En misant sur la complémentarité des secteurs, l'amélioration des infrastructures, la valorisation du patrimoine et l'implication de tous les acteurs, l'Algérie peut faire du tourisme cultuel un pilier stratégique de son développement. Car au-delà de la beauté des sites, c'est la qualité de l'accueil, de l'organisation et de la vision qui fera réellement la différence. *Ancien Cadre Supérieur de l'Etat |
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