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Pyromanes, spéculateurs, défaillances: Les véritables visages des incendies de forêts !

par Cherif Ali*

Ces dernières années, les incendies de forêts en Algérie ont pris une ampleur préoccupante, causant des pertes humaines, des dégâts matériels considérables et une dégradation accélérée du patrimoine naturel.

Loin d'être de simples phénomènes saisonniers, ces sinistres révèlent des défaillances structurelles, des comportements criminels et les effets croissants du changement climatique. Entre impréparation, répétition des crises et complexité des causes, la question des feux de forêts s'impose aujourd'hui comme un enjeu majeur de sécurité nationale, de développement durable et de cohésion sociale.

Est-il besoin de rappeler par le passé, les étés meurtriers et les incendies avaient marqué profondément les populations durement touchées dans leurs chairs et leurs biens?

Elles s'attendaient, pour le moins, et devant la gravité de la situation, à ce que leurs régions soient classées « zones sinistrées ».

C'est cette insolente torpeur, le manque de réactivité, voire l'indifférence des responsables notamment locaux à l'égard de la détresse des populations qui avaient provoqué par le passé la désaffection de ces dernières à l'occasion des élections.

Que plus d'une dizaine d'incendies se déclarent le même jour, dans plusieurs wilayas éloignées les unes des autres, et en pleine période saisonnière où la chaleur n'est pas un facteur majeur de risque, dépasse largement le cadre de la simple coïncidence naturelle.

Ce qui, rappelons-nous, avait fait réagir le président Abdelmadjid Tebboune qui, dans l'urgence, avait convoqué «le Haut-Conseil de sécurité»suite aux dysfonctionnements graves qui avaient impacté négativement la vie du citoyen.

Prenant la mesure du danger, il a exigé l'ouverture immédiate d'une enquête afin de déterminer les causes de ces incroyables incendies ; celle-ci a aboutie à l'interpellation de quatre présumés incendiaires qui ont été écroués sur ordre du procureur de la République territorialement compétent.

A ce niveau de cette contribution, il conviendrait toutefois, d'apporter les précisions suivantes telles que rapportées par certains psychiatres :

1. Il ne faudrait pas confondre pyromane et incendiaire.

2. L'incendiaire met le feu dans un but précis : il s'en prend a l'entreprise du patron qui l'a licencié, ou au champ du voisin avec lequel il est en conflit. Le pyromane, lui, n'a d'autre but que de répondre à une excitation qui l'obsède. C'est une pulsion profondément ancrée d'où les fréquentes récidives.

3. On ne le prend pas la main dans le sac parce qu'il cherche justement à jubiler, d'avoir été à l'origine de ce spectacle grandiose, qu'il regarde.

4. Le pyromane est hyperactif ; sa pulsion est tellement forte qu'il peut allumer beaucoup de feux.

5. On a du mal à le prendre sur le fait.

6. Ensuite il faut prouver sa culpabilité et ensuite trouver la bonne mesure médicale, sociale, pénale.

7. Certains pyromanes vont même jusqu'à se rapprocher de l'enquête, ou revenir quelques fois sur les lieux. Et c'est à cette occasion-là, que quelques fois, ils peuvent se faire repérer par les services de sécurité.

Il n'en reste pas moins qu'il est admis que les incendies de forêts sont fréquents durant la saison sèche qui s'étend de début juin à fin octobre de chaque année. Durant cette période, la végétation est confrontée à un stress hydrique.

Les plantes perdent une quantité importante de l'eau absorbée par le processus de l'évapotranspiration, afin d'atteindre un certain équilibre de température.

La végétation se dessèche et constitue ainsi un excellent combustible pour les feux et, aussi étonnant que cela puisse paraître, les feux de forêts, selon les experts, sont aussi vitaux pour la forêt que le soleil et la pluie :

-Ils permettent d'éliminer les arbres les plus vulnérables aux insectes au même titre qu'aux maladies.

- Ils favorisent également la croissance des jeunes plantes en produisant des ouvertures permettant au soleil de les atteindre.

-Certaines espèces de conifères ont même besoin de la chaleur des incendies pour ouvrir leurs cônes et libérer les graines qui donneront, à leur tour, naissance à de nouveaux arbres.

De ce qui précède, il serait toutefois légitime de se demander ce qui rend les feux de forêts non seulement plus fréquents, mais aussi plus violents et remarquablement incontrôlables.

Les experts pointent du doigt le nombre croissant des habitants en prise directe avec la forêt même si les années noires de grands feux sont des scénarios sans cesse répétés.

Ils sont surtout exacerbés par la pression démographique et l'interpénétration croissante des espaces forestiers et de l'habitat qui font que les enjeux s'accroissent considérablement.

Chaque année donc, des milliers d'hectares de forêts sont dévorés par les flammes.La faune, la flore, le tourisme et l'air ambiant sont les principales victimes des feux de forêt qui ont ravagé ces dernières années les massifs montagneux de l'Algérie.

Si en valeur absolue les superficies brûlées restent, relativement, modestes comparativement à certains pays du bassin méditerranéen, la rareté des forêts et les menaces de désertification font que les incendies ont un impact particulièrement désastreux sur l'environnement sans compter bien évidemment les atteintes aux riverains qui en viennent à perdre leurs biens, leurs terres, leurs animaux et pour certains, leur vie !

Même si les causes directes des feux sont le plus souvent humaines, que ce soit par des départs de feu accidentels ou criminels, les études tendent à prouver que l'augmentation de l'étendue des dégâts est une répercussion du changement climatique qui assèche la végétation et entraîne une augmentation du risque des feux des forêts.

Les températures plus élevées favorisent la transpiration des plantes et assèchent l'eau contenue dans les sols.

Ces deux faits conjugués rendent plus propice le risque d'incendie, ce qui permet de distinguer les simples pics de chaleur des actes d'incendie volontaires

Mais les spécialistes sont allés plus loin en affirmant avoir identifié 29 motifs d'incendies possibles pour l'Algérie !

Ils les ont divisés en trois catégories : naturels, accidentels par malveillance, et/ou négligence.

Ces experts sont arrivés à la conclusion qu'en Algérie, il n'existe pas déjà de « Programme institutionnalisé d'enquêtes sur les motifs des incendies » !

Ce qui réduit, selon eux, l'efficacité potentielle des initiatives de prévention, par manque d'actions ciblées sur les groupes humains responsables. La prévention, disent-ils, restera donc vouée à l'échec. Et ancrée à des modèles maintenant dépassés qui ne s'appuient que sur des infrastructures du type pistes, points d'eau et pare-feu.

Les pouvoirs publics s'en sont tenus, quant à eux, à leur idée, à savoir que des nombreux incendies qui ont ravagé l'été dernier des milliers d'hectares de forêts dans les wilayas du pays, ont été causés par des « mains criminelles » .

Et la motivation de cette « pyromanie » était avant tout pécuniaire!

Ils rejoignent en cela les riverains des massifs forestiers qui avaient estimé que «l'on est en face de prédateurs du foncier; c'est une opération politique, une vengeance orchestrée par des centres prédateurs dérangés visant à garrotter la prédation, récupérer le foncier agricole détourné de sa vocation ou utilisé, exclusivement, comme garantie pour l'obtention des crédits bancaires qui ne donnent lieu à aucun projet».

C'est maintenant établi : des maffieux tirent profit des hectares dévastés qui sont récupérés pour les besoins des promoteurs immobiliers sans scrupules.

Il y a aussi l'escroquerie à l'assurance pratiquée par certains pour retaper leurs maisons ou se faire rembourser leurs plants !

Il y a également les chercheurs de miel sauvage qui n'hésitent pas à enflammer les branches pour récupérer le produit.

A cause des changements climatiques, les feux de forêts risquent de devenir plus fréquents et plus intenses dans les pays au pourtour méditerranéen en général et en Algérie en particulier.

Il est donc primordial de mettre en place«une stratégie de prévention et de lutte contre les incendies de forêt qui sont classés parmi les dix risques majeurs inscrits dans la loi 04-20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable».

Au ministère de l'Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, on plaide pour la création d'un fonds qui « financera toutes les activités de prévention avant et pendant les catastrophes ».

Pour l'heure, «des mesures proactives»ont étéprises pour faire face aux catastrophes majeures, a travers l'installation du»Comité national d'intervention contre les incendies de forêt»le 27 février et un plan de travail a été validé

Il repose sur une stratégie nationale de prévention et d'intervention rapide, coordonnée à l'échelle des wilayas.

Il s'articule autour de la mobilisation des moyens aériens (drones) et terrestres de la Protection civile, du déploiement de technologies de pointe et du strict respect des lois face aux risques majeurs.

Quant aux communes, elles sont dans l'obligation de :

1. mettre à jour leurs plans Orsec

2. réfléchir sur un système d'alerte rapide pour signaler tout départ d'un feu

3. prévoirdes aménagements adéquats pour faciliter l'intervention des services compétents en matière de lutte contre les feux de forêt

4. procéder en temps et en heure, aux débroussaillages nécessaires des endroits à risque

5. d'identifier les moyens humains et matériels à mobilier rapidement en cas d'incendie

6. Il faut dire aussi que le laisser-aller et les interventions conjoncturelles d'un personnel non formé pour la circonstance aggravent la situation, quand la catastrophe se produit !

7. impliquer les habitants des zones forestières et montagneuses (les populations riveraines) n'est pas une simple option d'aide, mais une obligation stratégique;»ces populations doivent passer du statut de victimes passives à celui de partenaires de sécurité.»

8. Pour être efficaces et protégés, les citoyens volontaires des villages doivent recevoir un équipement de première intervention.

De ce qui précède, il est permis de dire que les incendies de forêts en Algérie ne relèvent plus du simple aléa climatique.

Ils traduisent un malaise profond mêlant délinquance environnementale, spéculations foncières, négligences institutionnelles et troubles psychiques !

Entre les incendiaires aux intérêts bien calculés et les pyromanes guidés par des pulsions incontrôlées, la forêt devient un théâtre de destruction aux conséquences écologiques, sociales et économiques dramatiques. Face à cette menace multiforme, seule une stratégie nationale globale, anticipative et coordonnée peut mettre hors d'état de nuire ceux qui exploitent les failles du système. Cela implique la modernisation des moyens de surveillance, l'application rigoureuse de la loi, la formation spécialisée des intervenants, mais aussi une véritable mobilisation citoyenne autour de la protection de notre patrimoine forestier, désormais en sursis. La forêt algérienne ne doit plus être le champ de bataille de l'inconscience, de l'avidité ou de la vengeance. Elle doit redevenir un bien commun, protégé avec la rigueur d'un État et la vigilance d'un peuple.

*Ancien Cadre Supérieur de l'Etat