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Omar Benbakhti, l'intelligence au service de la cité et la mémoire à préserver
par Salah Lakoues La disparition
d'Omar Benbakhti laisse un vide immense dans la vie
intellectuelle, universitaire et culturelle d'Oran. Avec lui s'éteint l'une de
ces figures discrètes mais essentielles qui consacrent leur existence à bâtir
des institutions, à former des générations et à défendre une certaine idée du
savoir comme service rendu à la cité.
Sociologue, enseignant, responsable universitaire, homme de presse et intellectuel engagé, Omar Benbakhti a marqué de son empreinte plusieurs décennies de la vie académique algérienne. À l'université d'Oran, il a formé des centaines d'étudiants qui gardent le souvenir d'un professeur exigeant, rigoureux et profondément humain. Son enseignement ne se limitait pas à la transmission de connaissances : il invitait à comprendre la société, à exercer l'esprit critique et à assumer la responsabilité citoyenne du savoir. Son parcours l'a conduit à exercer d'importantes responsabilités nationales, notamment comme secrétaire général du ministère de l'Enseignement supérieur. Cette fonction lui a permis de mettre au service de l'État son expérience du terrain universitaire et sa connaissance fine des réalités de l'enseignement supérieur algérien. Il appartenait à cette génération de cadres qui considéraient l'université comme l'un des piliers fondamentaux de la construction nationale. C'est durant cette période que j'ai eu l'occasion de travailler avec lui dans des circonstances particulièrement importantes pour l'avenir de l'université algérienne. Représentant du Premier ministre , j'avais la responsabilité délicate de faciliter le dialogue entre Omar Benbakhti et Djilali Liabes ministre de l'Enseignement supérieur . Il ne s'agissait pas d'arbitrer une opposition entre deux hommes, mais de rapprocher des visions, des sensibilités et des approches portées par deux grands intellectuels profondément attachés à l'avenir de l'université et du pays. Les débats étaient souvent riches, parfois exigeants, toujours guidés par le souci de servir l'intérêt général. Derrière les nuances d'analyse apparaissait une même conviction : l'Algérie ne pourrait relever ses défis sans une université forte, moderne et productrice de savoir. Ces échanges furent une véritable leçon d'intelligence et de responsabilité. Ils révélaient la qualité d'une génération d'universitaires pour qui le débat d'idées constituait un moyen de construction collective et non un affrontement personnel. Omar Benbakhti faisait partie de ces hommes capables de défendre leurs convictions avec fermeté tout en restant ouverts au dialogue et à la recherche de compromis lorsque l'intérêt du pays l'exigeait. L'assassinat de Djillali Liabès par les groupes terroristes durant les années de violence fut un choc profond pour toute la communauté universitaire. L'Algérie perdait alors un ministre, un intellectuel et un serviteur de l'État dont l'engagement pour le savoir et la modernisation de l'enseignement supérieur demeure une référence. Ceux qui l'avaient côtoyé, parmi lesquels Omar Benbakhti, furent durablement marqués par cette disparition qui symbolisait l'attaque contre l'intelligence et les institutions républicaines. Après l'assassinat du Président Boudiaf , l'Algérie entra dans une période particulièrement difficile. À Oran comme ailleurs, les citoyens cherchaient des repères. Les intellectuels et les acteurs de la presse avaient alors la responsabilité de maintenir des espaces de parole, de réflexion et de débat. C'est dans ce contexte que naquit l'aventure du Quotidien d'Oran. Omar Benbakhti participa à cette initiative avec la conviction que la presse devait être plus qu'un simple vecteur d'information : elle devait être un lieu de débat, de réflexion et de construction citoyenne. Le journal devint rapidement une référence grâce à cette exigence intellectuelle et éthique. En quittant le Quotidien d'Oran, quelques années plus tard, Omar Benbakhti ne s'est pas éloigné du monde des idées. Bien au contraire, il a réalisé l'un de ses rêves les plus chers : la création de sa propre maison d'édition. Ce projet constituait l'aboutissement naturel de son parcours intellectuel et professionnel. Il traduisait une conviction profonde : sans outils de publication solides, une société ne peut ni préserver sa mémoire, ni valoriser sa production scientifique et culturelle. Pour lui, l'édition n'était pas une activité technique, mais un acte de transmission. Publier, c'était donner une existence publique à la pensée, offrir une chance aux recherches d'être lues, aux auteurs d'être reconnus et aux idées de circuler. Aujourd'hui, cette maison d'édition constitue un héritage précieux. Mais cet héritage ne peut vivre sans continuité. C'est pourquoi j'exprime ici un souhait personnel : que les amis d'Omar Benbakhti, ses anciens collègues, ses compagnons de route, les universitaires, les écrivains, les journalistes et tous ceux qui ont bénéficié de son soutien puissent se mobiliser pour contribuer à faire vivre cette maison d'édition. Il ne s'agit pas seulement de préserver une structure éditoriale. Il s'agit de prolonger une vision. Sans soutien collectif, une maison d'édition risque de s'éteindre ; avec un engagement partagé, elle devient un espace durable de savoir, de débat et de mémoire. Faire vivre cette maison d'édition, c'est prolonger l'esprit d'Omar Benbakhti. C'est affirmer que le travail intellectuel mérite des institutions pérennes. C'est aussi reconnaître que la transmission du savoir est une responsabilité collective. Ainsi, au-delà de l'homme, c'est son œuvre qui doit continuer à respirer. Et à travers elle, une certaine idée de la culture, de la connaissance et du service rendu à la cité. Oran perd un intellectuel. Mais elle peut choisir de prolonger son héritage. |
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