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Le cessez-le-feu prolongé : La crise du détroit d'Ormuz s'accentue

par Mohamed Mehdi

Mercredi, 54e jour depuis le début de l'agression américano-sioniste contre l'Iran. Sixième jour du cessez-le-feu au Liban. Mardi soir, Donald Trump a annoncé le prolongement du cessez-le-feu suite à l'échec des négociations à Islamabad. Aucune date n'a été fixée pour la reprise des pourparlers dans la capitale pakistanaise. L'Iran insiste sur la levée du blocus américain contre ses ports pour revenir à la table des négociations.

« Nous avons entamé les négociations de bonne foi et avec sérieux, mais la partie négociatrice (les États-Unis) a fait preuve de mépris et de mauvaise foi», a déclaré mercredi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, selon des propos rapportés par Associated Press citant la télévision iranienne. « L'Iran n'a pas encore décidé s'il participera au nouveau cycle de négociations de paix avec les États-Unis, prévu cette semaine», a déclaré M. Baqaei.

La marine du CGRI a saisi deux navires dont un «lié au régime israélien»

«La marine du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a arraisonné deux navires en infraction dans les eaux régionales et les a remorqués vers les côtes iraniennes», a rapporté hier l'agence Tasnim. La même source indique que le commandement de la marine du CGRI «a annoncé sur X que les deux navires incriminés, le «MSC-FRANCESCA» (lié au régime israélien) et l'«EPAMINODES», ont été confisqués et conduits vers les côtes iraniennes».

Les deux navires «avaient mis en danger la sécurité maritime en naviguant sans autorisation et en manipulant leurs systèmes de navigation», ajoute le CGRI soulignant que «toute perturbation de l'ordre et de la sécurité dans le détroit d'Ormuz constituait une ligne rouge pour l'Iran».

Mais selon Reuters, citant des sources de sécurité maritime et l'Agence britannique pour le commerce maritime (UKMTO), il s'agit «d'au moins trois porte-conteneurs», dont un «battant pavillon libérien» qui «a subi des dommages à sa passerelle après avoir été touché par des tirs d'artillerie et des roquettes au nord-est d'Oman». Le capitaine du navire «a signalé avoir été approché par une vedette des Gardiens de la révolution iraniens» avant «d'essuyer des tirs», ajoute l'UKMTO, précisant que «les membres d'équipage sont sains et saufs et l'incident n'a causé ni incendie ni dégâts environnementaux».

«L'UKMTO a par la suite déclaré qu'un second porte-conteneurs avait essuyé des tirs à environ huit milles nautiques à l'ouest de l'Iran. Ce navire, battant pavillon panaméen, n'a pas été endommagé et son équipage est sain et sauf», ajoute Reuters.

AIE : La pire crise énergétique de l'histoire

L'agression américano-israélienne contre l'Iran a déclenché «la pire crise énergétique jamais connue au monde», a déclaré mardi Fatih Birol, directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). « La crise est déjà immense, si l'on additionne les effets de la crise pétrolière et de la crise gazière avec l'intervention russe», a ajouté M. Birol sur Radio France Inter, soulignant «qu'il s'agit bel et bien de la plus grave crise de l'histoire».

Dans l'espoir d'apaiser le marché pétrolier, l'AIE avait approuvé, en mars dernier, le déblocage d'une quantité record de 400 millions de barils de pétrole provenant des stocks stratégiques des pays membres de l'Agence.

La guerre contre l'Iran a paralysé le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, qui représente un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le risque étant que cette paralysie s'étende à Bab al-Mandeb en mer Rouge, si aucun accord de paix durable n'est trouvé dans les meilleurs délais.

Amnesty International accuse l'UE

Le refus par l'Union européenne de soumettre au vote la suspension de l'accord d'association UE-Israël, lors du dernier Conseil des affaires étrangères de l'Union qui s'est tenu mardi à Luxembourg, est qualifié de «faute morale» et de «mépris flagrant pour les vies civiles, en particulier dans les territoires palestiniens occupés et au Liban» par Amnesty International.

« À ce stade, la décision de l'UE de maintenir son accord commercial avec Israël constitue une faute morale et illustre un mépris flagrant pour les vies civiles, en particulier dans les territoires palestiniens occupés et au Liban», a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice principale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes d'Amnesty International, indique un communiqué de l'ONG.

Amnesty précise que «l'Allemagne et l'Italie ont joué un rôle déterminant dans le blocage de la suspension immédiate de l'accord» à laquelle ont appelé la Belgique, l'Irlande, la Slovénie et l'Espagne, mais également «un million de personnes en Europe, plus de 75 ONG, près de 400 anciens diplomates, et des experts de l'ONU»

« Il y a près d'un an, l'UE a conclu que les crimes commis par Israël contre les Palestiniens, au regard du droit international, violaient la clause relative aux droits de l'homme de l'accord», rappelle le communiqué d'Amnesty, ajoutant que «depuis lors, Israël n'a cessé de franchir toutes les lignes rouges fixées par l'UE».

L'ONG accuse l'UE «d'instrumentaliser de fragiles cessez-le-feu pour accorder à Israël une nouvelle impunité». Et ajoute que «depuis le prétendu cessez-le-feu à Ghaza en octobre 2025, que l'UE a utilisé pour justifier son inaction, plus de 740 Palestiniens ont été tués sous les frappes aériennes, les bombardements et le blocus cruel imposé par Israël». «Chaque délai ne fait que renforcer cette impunité et ouvre la voie à de nouvelles violations graves des droits humains», ajoute Amnesty.