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Débat :
De l'illusion des eaux fossiles à une hydrologie proactive de terrain: Repenser la gestion de l'eau dans les territoires arides
par Ben Amara El Habib* Depuis
plus de 15 ans, lors de l'exercice professionnel d'architecte au Sud ; à chaque
solution de récupération des eaux pluviales, ou de filtration naturelle des
eaux usées que je proposais, et défendais par un corpus scientifique et des
exemples étrangers ;la réponse était, à défaut d'un niet catégorique, une
indifférence totale, à mes insistances on rétorquait par cet argument que l'on
jugeait massue pour clore le débat, et mettre en veille ces concepts de
conservation des eaux «Nous avons la plus grande nappe fossile du monde au
Sud».
En effet l'Algérie repose sur l'un des plus vastes aquifères du monde - le Système Aquifère du Sahara Septentrional -, mais l'eau manque. Aujourd'hui, chaque Algérien dispose de 430 m³ selon les chiffres de la FAO et l'évaluation des ressources mobilisées (incluant dessalement et barrages). En 2050, les projections donnent 220 m³.Et il s'est avéré que l'exploitation de ces nappes nécessite un processus de déminéralisation vu son gout saumâtre, donc des investissements encore lourds. Et si on mettait sur les tables de réunions et laissait germer puis fleurir ces idées au demeurant évidentes : Récupérons nos eaux de pluies au lieu de les évacuer dans les égouts et filtrons nos eaux usées. Un temps d'arrêt pour mesurer l'étendue et l'ampleur des bénéfices que l'on tirerait de l'application à petite comme à grande échelle de ces deux idées, dans l'aménagement du territoire jusqu'au bâtiment isolé en passant par les zones urbaines et rurales. L'illusion des eaux fossiles Pendant longtemps, l'aquifère saharien a joué le rôle d'une assurance invisible, qui a ralenti les ardeurs et freiné les initiatives de recherche de solutions aux nappes qui s'asséchaient at aux sècheresses qui frappaient de plein fouet tout le pays. Sans les efforts colossaux de l'Etat de déployer des barrages, des transferts, et des installations de dessalement, le stress hydrique aurait été asphyxiant. Il faut le reconnaître. Certaines voix s'élevaient pour signaler que la sécheresse s'était bien installée, malgré des saisons de pluies abondantes, qui aux bilans, ramenaient plus d'inondations, et ravinaient encore plus de terres arables dans nos campagnes. L'Etat débourse des indemnisations. Un calcul simple aurait conclu que les effets des aléas d'inondation et de sécheresse pouvaient être à défaut d'être évités au moins réduits, si les montants des indemnisations futures étaient investis à présent dans les mesures de prévention. Mais cette assurance dans l'albien a installé une illusion. On savait que ces eaux se renouvellent à peine - quelques millimètres par an. On sait maintenant que les exploiter intensivement, au-delà de leur extraction nécessiterait d'autres dépenses, d'autres technologies. Bechar comme cas d'étude À Béchar, les forages des années 1980 captaient l'eau à 80 mètres. Aujourd'hui, il faut descendre à plus de 120 mètres. Les agriculteurs subventionnés au début des années 2000 notamment dans le forage de puits vous le diront mieux qu'un rapport. Les fermes sont abandonnées. Les puis sont taris.La nappe de Boussir (à une centaine de kilomètres du chef-lieu) montrera des signes de baisse, au rythme effréné de son extraction. Aucun alarmisme, un regard froid à une réalité amère. Le climat nous presse pour agir Le changement climatique et le réchauffement planétaire constaté et documenté a aggravé la situation. À l'Ouest, les précipitations ont reculé d'environ 33 % entre 1974 et 2010. Les projections annoncent 30 à 40 % de baisse supplémentaire d'ici 2050. Derrière ces moyennes, il y l'irrégularité. Des oueds qui ne coulent plus qu'une fois tous les deux ans. Des crues qui emportent tout. C'est la réalité que les habitants de Béchar, Naâma ou El Bayadh vivent. Les oueds avaient leur crues souvent annuelles,suivies de mois de sécheresse, et pouvaient même s'avérer désastreuses pour finir au milieu de nulle part, dans la sebkha ElMaleh ( des centaine de kilomètres au sud, près de Timoudi) : Un nom à pléonasme pour rappeler que nos aménagements ont raté l'occasion de faire de ces eaux de pluies des facteurs de régénération des terres arides de la région, et de remplissage des nappes. Béchar : Un cas spécial Les oueds Guir et Zouzfana prennent leur source derrières les frontières. Ces dernières années, les barrages construits en amont (Kadousa et Bouanane)ont réduits les écoulements depuis 20023. Les volumes arrivant au Barrage de Djorf Torba près de Kenadsa ont diminué, si ce n'étaient les crues de 2024 qui ont donné un sursis. Et là le voisin, décidé dans son offensive, construit à grand frais l'un des plus grands barrages (1 milliard de mètre cube)Khenk Krou verrouillant les derniers effluents vers l'Oued Guiret bloquant les crues de Oued Zouzfana. Ce Oued de Zouzfana, avant de former Oued Saoura en rencontrant Oued Guir à quelques centaines de kilomètres, longe les palmeraies et les village vernaculaires de Berrebi, Taghit, Barika, Bakhti, Igli, Mazer, Beni Abbes, Tamtert, ElOuata,Beni Ikhlef, Kerzaz, Timoudi, Ouled Khodeir, Ksabi... bref tous les ksours de la région. Quant à Abadla, centre urbain très dynamique disposant de la grande plaine, irrigué par le barrage de DjorfTorba, le risque d'assèchement de ce dernier la condamne à la désertification. Cette plaine d'Abadla, fleuron de la politique visionnaire de Feu Boumediene, réalisée par les américains, est en agonie depuis des années, la salinisation plus la sécheresse ont scellé son sort. Quant aux palmeraies millénaires longeant l'oued Saoura : déjà abandonnés par les hommes, c'est au tour de la vie de les déserter à défaut de crues soutenues et retenues. Conséquence : la pression se reporte sur les nappes semi-fossiles. Une évolution inéluctable. Ce que les oasis nous enseignent : une détermination sans plainte L'oasis ne maudit pas le désert ; elle y fait proliférer la vie.Pour avoir survécu aux temps et ses vicissitudes, au milieu de rocs et de sables, sous le soleil de plomb sans technologie moderne; comme le décrit si bien Pierre Rabhi natif de Kenadsa, et contributeur mondialement connu dans la prolifération des idées d'agro écologie ; l'oasis est le mot clé par excellence. Pour qu'il y ait vie, et survie, il faut capter l'eau, la ralentir, la laissent infiltrer,planter des palmiers ceinturant l'oasis, formant la première strate d'espèces végétales puis des arbres fruitiers à l'intérieur, en bas les cultures maraichères ; à l'extrémité de cette palmeraie les habitations à forte isolation thermique, tournant le dos aux climats aride et venteux et s'ouvrant vers l'intérieur. Les déchets humains étaient collectés avec ceux des animaux et utilisés comme fumier dans les champs. Le concept des toilettes sèches était déjà là, l'eau n'était utilisée que pour se laver. La chasse d'eau a été inventée en Angleterre, une ile où il pleut toujours et que notre acculturation-déculturation impose de les utiliser dans les vastes territoires du sud où il pleut rarement. Quant à la construction elle est tout sauf climatique, pourtant l'intégration au site est le module de base au début de la formation de tout architecte. Quelles solutions : Les dernières crues de 2024 ont soulevé des questions, puis des réponses ont fusé : construction de barrage et d'ouvrage hydrauliques. Ce qui est hautement salutaire. Cet article vise à attirer l'attention sur la complexité dela question de l'eau et qu'elle dépend aussi bien de la qualité du sol et de la végétation. La sagesse oasienne est là pour nous inspirer, loin de tout défaitisme, à faire face aux défis durs de l'aridité du milieu et l'asséchement des oueds. Il pleuvra surement dans le territoire du sud-ouest : arrangeons nous pour que ces eaux ne partent pas en vain. Les techniques de rétention sont multiples et facilement exécutables : - Sur les flancs des montagnes qui longent la région, installer des barrières en pierre en amont des fils d'eaux, et perpendiculairement au sens d'écoulement. Ces eaux retenues attireront la vie (végétation, oiseaux, animaux...). - En bas des monts creuser des cuvettes et planter y des palmiers, des tamarix, et des acacias. - Multiplier ces ouvrages de rétention le long des bassins versants. Voici la seule solution d'éviter que les agglomérations, situées en aval, avec leurs infrastructures stratégiques soient inondées par les crues qui descendent des montagnes. - Multiplier les barrières perpendiculaires aux flux,pour réduire la vitesse et par conséquent affaiblira la puissance ( P=FxV). - Construire les barrières avec les matériaux disponibles pierre, terre, tronc de palmiers. L'idée maitresse est de commencer ces opérations dès l'amont. - Multiplier ces barrières au niveau des lits d'oued, retenir les eaux et les laisser s'infiltrer, la puissance des crues étant déjà atténuée par les interventions, calculés avec de larges tolérances, en amont. - Quant à l'intérieur des agglomérations ré-instruire les différents intervenants sur l'aberration de drainer les rares eaux de pluie vers les égouts et que l'on gagnerait économiquement avant que cela soit éthiquement, dans le fait de les drainer vers les arbres et les végétations. - Des-imperméabiliser et laisser les eaux pluviales couler dans des espaces plus bas dans lesquelles on aurait planté des arbres résistants à la sècheresse. Les pluies sont produites par l'évaporation des eaux de mer ou d'océan c'est le grand cycle, mais il y a aussi le petit cycle de l'eau qui provient de l'évapotranspiration des plantes et des arbres, appelé aussi eau verte. Une vérité scientifique qui se traduit comme suit : si l'on veut des pluies il faut plus de végétations et plus d'arbres, et quoi de plus judicieux que de multiplier ces éléments générateurs de pluie, à l'extérieur de nos villages entre nos quartiers, à la périphérie de nos villes assurant le rôle de ceinture vertes, bloquant en même temps les vents de sable. Ces générateurs de pluiessont intégrés dans des dispositifs de filtration des eaux usées, dont la littératurescientifique abonde et ne demande qu'à être appliquée.Son seul inconvénient est la disponibilité de surface et celle-ci ne manque pas en Algérie. D'ailleurs on pourrait se demander comme se fait-il que la moitié des communes françaises utilisent ce procédé. Testé à Timacine (Tougourt) depuis plus de dix ans, avec de bon résultats) : à bon entendeur respect. Conclusion L'Algérie n'est pas confrontée à une pénurie absolue. Le chemin passe par un enrichissement progressif : remplacer la logique de drainage des eaux par le crédo d'hydratation des terres, à travers l'infiltration et la rétention. C'est ce que m'ont appris les agriculteurs des anciennes oasis. Ce qui manque parfois, c'est l'écoute mutuelle, pour mieux se préparer à la sécheresse qui s'embusque malgré les précipitations de la saison passée. *Architecte |
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