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On
se demande parfois si le monde d'aujourd'hui est meilleur que celui d'hier.
Vendredi 1er mai2026, «Canal Algérie», présente un excellent film documentaire
sur le martyre de Maurice Audin. Comme il était jeune
! Ils étaient tous jeunes.
Comme il est beau ce couple que rien n'a séparé. Ce film est aussi un film sur Josiane Audin, son chemin de croix, son combat opiniâtre. Elle a continué à faire vivre son mari pour elle, pour leurs enfants, pour le monde entier. Elle a trouvé ainsi la force de lui survivre, elle a vécu jusqu'au bout à ses côtés. Elle est morte en 2019, il y a sept ans déjà. Mission accomplie. Un film aussi sur la France Le film est d'évidence destiné au regard français. Il fait un retour sur l'Histoire: l'horreur du colonialisme, les tortures, les assassinats de masse, les exécutions sommaires,les témoignages d'appelés de l'armée coloniale qui confient les meurtres, les viols auxquels ils ont assisté. «On finit par s'y habituer», dit l'un, la voix tremblante des décennies après, la mémoire torturée. Aucun n'arrive à dire qu'il a participé à ces horreurs. Respectons leur mémoire douloureuse. Il faut beaucoup de courage pour simplement en parler. Avec le recul, on mesure encore mieux l'insoutenable terreur coloniale. L'un d'eux la resume laconiquement: «c'était fait pour dissuaderles résistants d'affronter une telle machine de guerre, aussi cruelle et impitoyable». Tout est dit, et quel meilleur hommage aux résistants. Mais mon propos n'est pas là, tant tout cela est évident même s'il n'est pas mauvais qu'il y ait de temps un temps une piqure de rappel de toutes ces horreurs, pour tenter de conjurer les dangers de récidive. C'était mieux avant ? Mon propos est de parler de ce que nous montre aussi le film en même temps, et presque sans le vouloir, du contexte de l'époque en France, C'est là qu'on se demande, si finalement le monde est vraiment meilleur en tout point. En tout cas pas du côté de «la démocratie et des droits de l'homme». Ce film nous révèle un contexte,celui des années 50, où en France, pas en Algérie coloniale bien sûr, il y avait alors des voix , de grande voixqui s'élevaient contre la torture, la répression, la discrimination, les crimes d'Etat.Deslivres sortent alors qui défient la censure: «Maurice Audin» de Pierre Vidal Naquet, «La Question» d'Henri Alleg, « Djamila Boupacha» de Simone de Beauvoir et le livre sort où? Chez Gallimard ! Un autre monde. Des journaux comme «Le Nouvel Observateur», «Le Monde», «l'Express», dénoncent les crimes coloniaux. Même lorsque la censure leur impose le silence, ils parlent, ils sortent alors avec des pages ou des encarts blancs, qui sont une dénonciation muette, peut être encore plus forte de la répression coloniale. Il y a des français qui sont poursuivis car ils aident le FLN. On les appelle les « porteurs de valises». Il y a Jean Paul Sartre, François Mauriac qui écrivent contre le colonialisme. Mais il y a aussi des tribunaux qui sont saisis de plaintes au nomde la loi, des droits de l'homme et qui siègent. Ceux qui les déposent savent que ces plaintes resteront pour la plupart sans lendemain. Mais elles sont là, enregistrées, et elles sont une pression continue sur les auteurs de crimes. Serait-ce possible aujourd'hui ? Et soudain surgit une question, serait-ce possible aujourd'hui pour les causes équivalentes actuelles. Serait-il possible qu'il y ait en Israël aujourd'hui des tribunaux qui donnent justice aux Palestiniens pour les exactions commises contre eux, pour le vol de leurs terres, pour les crimes de l'armée israélienne. Serait-il possible de faire librement campagne, en France, contre les crimes coloniaux israéliens. Un ex premier ministre français, Silvain Attal, et son parti, ont même projeté d'interdire de telles plaintes en les assimilant à de l'antisémitisme. Serait-il possible, posons la question même si elle parait totalement irréelle, qu'il y ait des israéliens «porteurs de valises», comme l'étaient alors des Français, des israéliens qui aident activement les mouvements palestiniens, y compris les mouvements de résistance armée, y compris Hamas ? La violence du FLN et de l'ALN, tout le monde, à part quelques nostalgiques de l'empire colonial, la juge aujourd'hui légitime. Et ceux qui les ont aidés, Français en France, revendiquent leur acte avec fierté. Ils sont respectés et des rues portent leur nom. Aujourd'hui on juge ceux qui soutiennent la cause palestinienne en France pour «appel à la haine» et «apologie du terrorisme». Est-ce la même France ? J'ai'écouté, dans ce même film, Robert Badinter. Qu'il parlait bien de la lutte anticoloniale. Un Robert Badinter, jeune, et plein d'idéal.Est-ce le même que j'ai entendu le 17 novembre 2023, sur la chaine d'information française LCI, ne trouver aucun mot pour condamner les bombardements génocidaires sur Gaza, Il réserve toute son indignation à Hamas. Il la dénonce comme «organisation terroriste. «Donnez-nous vos avions, nous vous donnerons nos couffins» avait dit Benmhidi à ceux qui allaient l'assassiner et qui l'accusaient de terrorisme. Le FLN avait alors la sympathie de Robert Badinter. Est-ce le même Badinter qui a été inhumé au Panthéon? Quelle époque ! Y a-t-il aussi, aujourd'hui, des communistes tels que l'étaient Maurice et Josiane Audin, capables de pousser l'internationalisme à ce niveau de fraternité humaine? Ou d'autres belles figures, comme eux, internationalistes qui ont rejoint les nationalistes algériens, patriotes, algériens d'origine européenne, morts pour leur patrie ou engagés dans sa révolution de libération: Raymonde Peschard, Fernand Yveton, Anna Gréki, ou sur un autre plan une personnalité hors norme telle qu'Enrico Mattei, visionnaire sur le futur des ressources énergétiques et ami si précieux de l'Algérie. Pourquoi se refuser à l'idée qu'ils ont eu des mérites particuliers comme le reconnaissaient d'ailleurs sans le dire, respectueux, leurs compagnons nationalistes. D'autres films attendent d'être faits sur eux mais, cette fois-ci, avec le regard du pays qu'ils ont servi, et tant aimé. Quelle époque ! On s'en rend mieux compte avec le recul du temps. Mais aussi il y a l'impression nostalgique que ces idéaux se sont aujourd'hui émoussés, y compris dans les pays qui se sont libérés héroïquement. Chez certains, d'évidence, ces idéaux vacillent, et chez d'autres ils se sont apparemment éteints. On voit même d'anciens résistants préférervivre et mourir chez l'ancien maitre colonial plutôt que dans leur patrie libérée. Quel paradoxe. Cuba est seule aujourd'hui, dans le dénuement, et on détourned'elle le regard et on se bouche les oreilles. L'embargo américain a bon dos. Hier, on n'hésitait pas à le forcer et l'aide économique arrivait de partout. Même la Chine et la Russie qui, hier, auraient risqué leur sécurité pour Cuba, et même une guerre, se contentent de protestations de principes. Alors? C'était mieux avant ? Où est-ce seulement diffèrent ? Peut-être y a-t-il une nouvelle façon de se battre pour ce qui est juste. Il y a Gaza et l'immense mouvement de la jeunesse mondiale autour d'elle. Il y a l'Iran qui ouvre une route inattendue. Il y a d'autres sources d'espoir et d'autres victoires à remporter, d'autres chemins qui s'ouvrent, peut-être plus décisifs, peut-être en fait plus efficaces pour la libération du monde et l'égalité entre les nations. |
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